La Fiancée au monument aux morts

Ce jeune adolescent d'à peine dix-huit ans
Aux fossettes joyeuses et le rire éclatant ...

On lui avait promis qu'il gagnerait la gloire
Mais il fut immolé sur l'Autel des victoires.
Si son nom est gravé au monument aux morts
Au coeur de son village, qui s'en souvient encore?
Peut-être cette femme, une vieille bigote,
Plus effacée que laide, plus craintive que sotte,
Qui garde dans son sac et depuis tant d'années,
Une vieille photo, une photo fanée

Du jeune adolescent d'à peine dix-huit ans
Aux fossettes joyeuses et le rire éclatant,
Qui, par un soir d'été au détour d'un chemin
Avait frôlé sa bouche en lui prenant la main.
Elle n'a eu d'amour qu'un unique baiser
Un élan de tendresse sur ses lèvres posé;
Pour mourir à la guerre, on est venu le prendre
Et Il n'a jamais pu rien d'autre lui apprendre ...

Et depuis chaque jour par les chemins de pierre
Elle va à I'Église réciter ses prières,
En demandant à Dieu qu'au temps des chrysanthèmes
Il revienne un matin lui murmurer: "Je t'aime"
Et crier que c'est con d'être mort à vingt ans,
D'avoir son nom gravé au front d'un monument,
Même si en ce lieu la foule vient et prie
Dans le froid de novembre quand le ciel est si gris ...

C'est une pauvre femme, une vieille bigote,
Plus effacée que laide, plus craintive que sotte,
Qui seule désormais par les chemins de pierre
S'en retourne à l'Église répéter ses prières,
En demandant à Dieu de bien vouloir comprendre,
Que c'est long une vie qui se passe à attendre,
Attendre et espérer que vienne enfin le jour
De s'en aller au ciel rejoindre son Amour ...

Ce bel adolescent d'à peine dix- huit ans
Aux fossettes joyeuses et le rire éclatant,
Qui, par un soir d'été au détour d'un chemin
Avait frôlé sa bouche en lui prenant la main ...

Avait frôlé sa bouche en lui prenant la main.

JOLY ROGER

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